Ce soir, buvons a ta santé. Entre rires et fumée, on ne se souviendra plus que du bourdonnement de la musique, une fois la fête terminée. Ton monde n'est pas parfait, et pour se soulager à leur guise, les gens finissent les bouteilles disposées nonchalamment sur la table. Il ne fait pas très chaud, pourtant les joues de chacun restent incandescentes. Elles brûlent d'insouciance, balayant les potentielles responsabilités quotidiennes. Bientôt, le ton augmentera et les rires se feront plus denses. On balancera les dés, buvant quand il le faut. La musique nous alourdira l'esprit, et nous finirons par tournoyer, inconscients du ridicule. Mais qu'importe. L'éphémère est toujours plus excitant ; nous sommes immanquablement attirés par tout ce qui ne dure pas. Mais tu aurais pu nous le dire. Que la belle jeunesse se passerait ainsi. Qu'on en baverait comme des chiens, tiraillés entre de multiples histoires, simples ou non. Qu'à partir du moment où notre âge comprend deux chiffres, tout devient doublement frustrant. Que les gazouillis candides et les joues roses que tout le monde adule laisseraient place a des mots ostentatoires et du mascara. Tu aurais du faire de notre vie un fête continuelle, comme ce soir. Celle ou tout le monde se côtoie, sans se soucier de rien. Où les voix sont rauques et où on ne tient plus en place. Où les regards furtifs sont lourds de sens. On est naïves. Un vent de niaiserie souffle dans nos chveeux et emporte nos quelques grammes de neurones conscients. On est niaiseuses. Pires qu'une chanson des bisounours. Notre vie est faite de chutes : On tombe du ciel, on tombe des nues, on tombe amoureuse. On tombe encore, dans l'aveuglement. Puis on tombe de haut. Et on tombe... Dans le mépris. On est benêts quand on est épris : on n'entend rien, ou alors d'infectes chansons sentimentales; on ne voit rien; on ne s'exprime presque pas, de peur de trop parler de ce plaisir existant, de peur de le lâcher et le voir détaler au galop si on entrouvre les lèvres. On est sourd, aveugle, muet et irrémédiablement mielleux. On promène notre tête d'autiste heureux en sifflotant des airs joyeux. On sourit à tout le monde. Niaise, niaise, niaise. Dernières chutes, on tombe le masque, on tombe d'accord, ça tombe sous le sens, il tombe dans l'oubli et notre niaiserie des premiers jours aussi. On l'aura vécu, ta jeunesse a la con. Chaque jour un peu plus, finissant comme d'incurables excentriques inconscients en profusion. Crever d'une crise de fois ou mourir de rire. HAPPY END.